FuturScience

Un mini trou noir pour propulser des vaisseaux interstellaires ?

Vue d'artiste d'un vaisseau utilisant l'énergie émise par un trou noir pour se propulser.

Vue d’artiste d’un vaisseau utilisant l’énergie émise par un trou noir pour se propulser.

Dans cet article nous allons discuter d’un concept qui s’apparente en tout point de la science-fiction. Il convient donc de préciser que cette réflexion , issue de l’organisation « Icarus Interstellar« , est avant tout une extrapolation de résultats physiques qui nous semblent aujourd’hui acquis mais qu’il est nécessaire de relativiser. Il n’y a aujourd’hui aucun projet concret et même aucune preuve que ce concept soit viable. Ces précautions bien à l’esprit, nous pouvons donc maintenant voir de quoi il retourne. Aujourd’hui, l’exploration spatiale fait partie de notre quotidien, à chaque instant des hommes s’affairent dans l’espace, en orbite terrestre, des rovers parcourent quelques mètres sur les surfaces lunaire et martienne ou bien encore des sondes s’aventurent aux abords de comètes et des confins du système solaire. Tout cela représente déjà quelque chose d’extraordinaire et lorsque l’on réalise que l’espèce humaine n’a eu accès à l’espace qu’il y a un peu plus d’un demi-siècle, on ne peut qu’être impressionnés par cette infatigable capacité d’exploration. Malgré toute ces réussites nous sommes destinés à rencontrer un jour un problème majeur si nous désirons continuer notre exploration: les dimensions astronomiques de l’Univers. On ne sait même pas à l’heure actuelle si celui-ci est fini ni même de quoi il est réellement composé: selon la tendance actuelle en cosmologie il serait constitué de seulement 5% de matière ordinaire, le reste étant les désormais célèbres énergie et matière noire. La sonde la plus rapide construite par l’humanité, la sonde Voyager 1, mettrait plus de 80 000 ans à atteindre l’étoile Proxima du Centaure (l’étoile la plus proche de nous, à 4.2 années lumières) si elle était sa destination. Ainsi, une fois que nous aurons fait le tour du système solaire (j’en conviens, c’est pas pour demain), les prochaines destinations seront certainement les autres étoiles et les milliards d’exoplanètes existantes dans notre galaxie et alors se posera la question de savoir comment y accéder. 

Un "Schwarzschild Kugelblitz drive"

Un « Schwarzschild Kugelblitz drive »

C’est ici le que le concept de « Schwarzschild Kugelblitz drive » entre en jeux. Le problème majeur de la propulsion spatiale reste l’énergie, sa production et son stockage et actuellement deux solutions sont utilisées: l’énergie chimique et l’énergie électrique. La première permet d’atteindre de très fortes poussées capables d’arracher nos fusées du sol terrestre et la deuxième permet d’obtenir de grandes vitesses mais sur un temps beaucoup plus long (c’est pour cela que l’on ne verra jamais un engin décoller de la Terre grâce à des propulseurs électriques (où à plasma). La solution, pour notre concept, consisterait donc à utiliser une des sources d’énergie les plus incroyables de l’univers: les trous noirs ou plus exactement le rayonnement que ceux-ci émettent au cours de leur vie. Bien évidemment nous n’allons pas créer ou utiliser un trou noir de la taille de celui présent au centre de notre galaxie, il est inimaginable d’essayer de contrôler une tel monstre. En revanche, le physicien John Wheller émit pour la première fois en 1955 l’idée de créer des minis trous noirs grâce à une focalisation extrême d’énergie (en temps et en espace). Et l’auteur de l’étude pense que seuls des lasers à rayons gamma dotés de durées d’impulsions 100 milliards de fois plus faibles que celles que l’on sait faire actuellement seraient capables de créer un tel mini trou noir (nommé aussi Schwarzschild Kugelblitz). Pour se faire une idée, ce dernier serait minuscule puisqu’il aurait environ la taille d’un proton mais la masse de deux Empire State Building. Une fois ce trou noir artificiel crée, on pourrait récupérer son énergie grâce à un phénomène physique démontré par le célèbre Stephen Hawking: le rayonnement qui porte son nom. En effet, un trou noir s’évapore lors de sa vie jusqu’à mourir (au bout de 5 ans pour notre version miniature) et cette évaporation se fait en émettant un rayonnement et donc de l’énergie. L’idée serait donc de récupérer cette énergie grâce à ce que l’on appelle des coquilles de Dyson. Ce physicien avait imaginer en 1960 qu’une civilisation suffisamment avancée pourrait récupérer l’énergie des étoiles en les enfermant dans des coquilles gigantesques (imaginez le soleil encerclé de panneaux solaires très très efficaces). Pour notre vaisseau, c’est le mini trou noir qui serait partiellement entouré d’une telle coque et l’énergie ainsi récupérée permettrait d’alimenter un moteur classique (en chauffant un gaz d’hydrogène par exemple). Le titre de cet article est donc un peu trompeur puisque en fait ce n’est pas la façon de se propulser qui changerait (contrairement au cas des « warp drive ») mais bien la façon de récupérer l’énergie. Grâce aux 5 années d’existence du Schwarzschild Kugelblitz, le vaisseau pourrait ainsi atteindre théoriquement 72% de la vitesse de la lumière (avec une conversion d’énergie parfaite) ce qui permettrait de visiter de nombreuses étoiles à l’échelle d’une vie humaine. A vous de vous faire votre idée sur ce concept mais gardez bien à l’esprit qu’aucune agence spatiale n’investit à l’heure actuelle dans un projet semblable à celui-ci et d’autres concepts pourraient tout aussi bien se révéler plus intéressants (Comme le projet Deadalus de propulsion grâce à l’énergie de fusion nucléaire dont nous parlerons prochainement, image ci-dessous).

Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter.

Le concept Deadalus utilisant comme source d'énergie la fusion nucléaire.

Le concept Deadalus utilisant comme source d’énergie la fusion nucléaire.

Un nouvel âge d’or pour le spatial ? (partie 4)

Les ingénieurs de l’ESA (parmi d’autres) doivent êtres aux anges ce soir. La sonde Rosetta vient en effet de donner signe de vie après un sommeil de presque 1000 jours qui lui a permis de se rapprocher de sa cible: la comète Churyumov-Gerasimenko. Cette mission de près d’un milliard d’euros et lancée en mars 2004 à bord d’une ariane 5 vise à mieux comprendre la composition du noyau de la comète grâce à la première mise en orbite d’une sonde autour d’un tel corps. Ces études sont nécessaires pour essayer de mieux comprendre comment s’est formé le système solaire. Mais Rosetta n’est pas seule dans son voyage: elle est accompagnée d’un petit atterrisseur, nommé « Philaé » (image ci-dessous), qui se posera sur le sol de la comète grâce, notamment, à des harpons et des petit propulseurs. Cette phase sera extrêmement délicate puisque la gravité ainsi que la composition de la comète rendent toute manœuvre difficile. L’atterrissage est prévu le 11 novembre 2014 et si celui-ci est un succès alors la mission Rosetta pourra sans aucun doute être considérée comme un des plus beaux exploits de la science spatiale européenne.

Vue d'artiste de Philaé posé sur la comète Churyumov-Gerasimenko

Vue d’artiste de Philaé posé sur la comète  Churyumov-Gerasimenko

La prochaine grande mission de l’ESA sera, en collaboration avec l’agence spatiale japonaise (JAXA), BepiColombo, à destination de Mercure. Parmi les objectifs de cette mission ne comprenant que des orbiteurs figure notamment l’explication de l’existence d’un fort champ magnétique autour de Mercure ou encore la détermination de la nature (liquide ou solide) du noyau de la planète. D’un point de vue technologique et plus particulièrement de la propulsion la sonde embarquera la solution prometteuse de l’électrique avec un propulseur à grilles, capable de fournir une faible poussée mais une forte Isp (vitesse d’éjection du gaz). Décollage en août 2015 et insertion en orbite mercurienne en janvier 2022. Ensuite ce sera au tour de la mission phare de la décennie pour l’agence spatiale européenne (en forte collaboration avec l’agence spatiale russe): Exomars. Cette dernière sera en faite en deux parties: une première mission en 2016 qui sera constituée d’une orbiteur et d’un atterrisseur. Ce dernier servira de répétition géante avant la grande mission de 2018 qui devrait voir pour la première fois de l’Histoire un rover européen fouler le sol martien (image ci-dessous). Bien que fourni en énergie grâce à des panneaux solaires (et donc possédant une durée de vie moins grande qu’un Curiosity et sa pile nucléaire), le petit engin aura la capacité particulièrement intéressante de forer le sol à la recherche, en autre, de possibles traces de vie sur la planète rouge. Après plusieurs problèmes de financement, notamment à cause de désistement de la NASA, Exomars semble aujourd’hui bel et bien sur les rails, pour notre plus grand plaisir.

Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter.

Le rover de la mission Exomars.

Le rover de la mission Exomars.

De nouvelles images du futur lanceur géant SLS de la NASA.

Le SLS de la NASA.

Le SLS de la NASA.

Depuis la fin des navettes spatiales américaines en juillet 2011 et l’abandon du programme Constellation en 2010 (programme lancé par George W.Bush en 2004 avec pour objectif un retour sur la Lune en 2020), la NASA se concentre sur deux grands projets: la capsule Orion (MPCV) de 6 personnes destinée à l’exploration humaine du système solaire ainsi que le lanceur super-lourd SLS (pour Space Launch System), capable de mettre en orbite les éléments nécessaires à des missions lointaines. Ce mastodonte, digne successeur de la Saturn V, sera en effet en mesure de mettre jusqu’à 130 tonnes en orbite basse (70 tonnes pour la première version), de quoi assembler de grandes structures spatiales pour un voyage vers la Lune, Mars ou encore un astéroïde. L’autre grand avantage de ce lanceur concerne l’exploration robotique du système solaire. Il permettra en effet, en plus d’emporter un plus grand nombre d’instruments scientifiques, d’insérer les sondes sur des trajectoires directes alors qu’à l’heure actuelle une assistance gravitationnelle est souvent nécessaire. Cela permettra de réduire de plus de la moitié les temps de voyage vers les planètes géantes ou leurs lunes. La NASA évoque notamment une possible mission de récupération d’échantillons dans les geysers d’Encelade, une des lunes de Saturne. Mais la mission qui reçoit en ce moment le plus de soutient de la part des politiques, des scientifiques et d’organisations telles que la Planetary Society est certainement celle à destination d’Europe, la célèbre lune de Jupiter. Cette mission, connue sous le nom d »Europa Clipper », consisterait à étudier si Europe est, ou a été, capable d’accueillir la vie. Il existe aujourd’hui une vraie communauté aux Etats-Unis qui pousse pour que le congrès et la Maison Blanche valide cette mission en 2015. Le lancement d’Europa Clipper serait une très bonne nouvelle pour le SLS qui subit actuellement de nombreuses critiques quand à sa réelle utilité. Le premier vol du lanceur est prévu pour décembre 2017, avec le lancement d’une capsule Orion qui effectuerait un survol de la Lune et un retour à grande vitesse sur Terre pour tester le bouclier de la capsule. La deuxième mission n’est pas prévue avant 2021 avec un vol habité vers un astéroïde pour le capturer et l’amener en orbite lunaire, en vu de l’étudier et possiblement de l’exploiter. Bien évidemment, le futur du SLS est encore assez incertain et l’arrivée massive du spatial privé (SpaceX a déjà évoqué un lanceur de la même catégorie) pourrait très bien remettre en question son avenir.

Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter.

La coiffe du SLS.

La coiffe du SLS.

Un nouvel âge d’or pour le spatial ? (partie 3)

Le rover "Yutu" s'éloignant son atterrisseur.

Le rover « Yutu » s’éloignant de son atterrisseur.

Le 14 décembre 2013 restera sans aucun doute une date importante dans l’histoire de l’exploration spatiale. C’est en effet la date qu’a choisie la Chine pour poser sa mission Chang’e 3 (CE-3) sur la surface lunaire, une première pour ce pays qui petit à petit rejoint les grandes nations historiques du spatial. La sonde, lancée le 1er décembre 2013 par une fusée Longue Marche 3B et insérée en orbite le 6, comprend un atterrisseur et un rover nommé Yutu, soit « Lapin de Jade » en français. C’est la 3ème mission lunaire chinoise (après Chang’e 1 en 2007 et chang’e 2 en 2008) mais sa première mission sur le sol lunaire (les deux précédentes sondes n’étaient « que » des orbiteurs). La dernière sonde à s’être posée sur la Lune était celle de la mission Luna 24 de l’URSS, en 1976 (les indiens ont néanmoins envoyé un impacteur lors de leur mission Chandrayaan) et c’est donc un événement assez exceptionnel que nous avons pu vivre en direct le 14 décembre dernier. D’abord parce que, grâce progrès de la technologie depuis 76, les qualités d’images permettent de mieux profiter du spectacle et aussi parce que tout s’est déroulé à la perfection. La Chine a en effet réalisé un sans faute jusqu’à maintenant et a su communiquer au public les informations et les images concernant les étapes cruciales. Sur la vidéo ci-dessous on peut ainsi voir la phase d’approche et d’atterrissage filmée en direct par une caméra embarquée (remarquez notamment la phase de vol stationnaire  destinée à choisir automatiquement le site d’atterrissage).

Après une période de sommeil d’environ 2 semaines due au froid glacial de la nuit lunaire, le rover Yutu vient tout juste de se réveiller pour entamer une campagne d’expérimentations scientifiques et techniques. Bien qu’il soit équipé d’instruments scientifiques comme un radar, deux spectromètres ou encore un télescope extrême UV, la finalité réelle de cette mission est d’abord technologique (en plus d’un apport certain au niveau de l’image que veut donner la Chine au Monde et à sa propre population). Chang’e 3 entre en effet dans un programme à long terme d’exploration lunaire, le CLEP (Chinese Lunar Exploration Program), et les technologies acquises serviront pour les missions futures. D’abord, chang’e 4 devrait être envoyée en 2015 et sera grosso modo, avec quelques améliorations, une réplique de chang’e 3 (en fait les chinois construisent leurs missions par paires pour s’assurer d’en réussir au moins une). La prochaine grande étape du CLEP sera la mission chang’e 5 prévue pour 2017. Celle-ci consistera en effet à poser un engin sur le sol lunaire, à en extraire des échantillons et à les ramener sur Terre. Contrairement aux missions similaires que réalisaient les soviétiques, la mission comprendra un rendez-vous automatique en orbite lunaire juste avant le retour sur Terre. Acquérir cette technologie représentera un progrès énorme et surtout rapprochera encore un peu plus les chinois de leur objectif final (bien qu’officiellement la décision politique n’ait pas encore été prise, les scientifiques chinois, eux, expriment clairement leur vision) qui est de poser un homme sur la Lune vers 2025.

La Terre vue depuis la Lune par l'atterrisseur de Chang'e 3.

La Terre vue depuis la Lune par l’atterrisseur de Chang’e 3.

A côte de ce programme lunaire les chinois ont déjà exprimés leur souhait de lancer une mission vers Mars. Normalement une première sonde, Yinghuo-1, aurait dû atteindre Mars en 2012 mais son vaisseau-mère d’origine russe, Phobos-Grunt, a échoué à quitter l’orbite terrestre et est retombé dans l’océan en janvier 2012. On peut facilement imaginer que ce n’est que partie remise pour les chinois. Cet échec aura quand même une répercussion importante: celle de permettre à l’Inde de lancer sa propre mission vers Mars avant et ainsi devenir la première nation asiatique à atteindre la planète rouge dans l’Histoire. Après l’avance acquise par la Chine face à son ambitieux voisin, c’est une aubaine pour réaliser un coup d’éclat. La mission se nomme sobrement Mars Orbiter Mission (MOM) et a été envoyée le 5 novembre 2013. Depuis, tout semble se dérouler comme prévu et elle parcourt actuellement le trajet de 10 mois qui la mènera en orbite martienne. Là encore, c’est avant tout une mission de prestige et de démonstration technologique que l’ISRO (l’agence spatiale indienne) mène et cela devrait lui permettre d’envisager des missions interplanétaires bien plus ambitieuses dans le futur. C’est d’ailleurs l’année prochaine que l’on devrait voir la prochaine mission indienne qui sera cette fois-ci à destination de Venus (Venus Orbiter Mission) et dont les caractéristiques devraient être assez voisines de celles de MOM. De plus, autour de 2017, l’ISRO devrait aussi envoyer Chandrayaan-2 vers la Lune pour une mission semblable à chang’e 3, c’est à dire composée d’un atterrisseur et d’un rover. Une autre sonde, nommée Aditya, devrait quand à elle partir étudier le Soleil la même année. Il semble désormais que l’activité astronautique se déplace petit à petit vers l’Asie et il sera intéressant de voir quelle sera la réaction des nations historiques du spatial. Dans la quatrième partie de ce dossier nous parlerons justement des prochaines missions américaines et européennes.

Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter.

L'atterrisseur de la mission Chang'e 3après avoir déposé son rover "Yutu".

L’atterrisseur de la mission Chang’e 3 après avoir déposé son rover « Yutu ».

Un nouvel âge d’or pour le spatial (partie 2)

Nous allons dans cette partie nous intéresser au domaine encore naissant du suborbital. Pour rappel l’objectif pour les sociétés impliquées dans ce secteur est de permettre au plus grand nombre (vous y compris) d’avoir accès à l’espace, c’est à dire d’atteindre la célèbre frontière des 100 km d’altitudes. On compte à l’heure actuelle un grand nombre de projets bien que pour certains la route semble encore longue (voir impossible). Pour les énumérer, voici, à ma connaissance, les sociétés impliquées: Virgin Galactic, Blue Origin, XCOR Aerospace, Swiss Space Systems, Talis Enterprise, Bristol Spaceplanes Ltd et potentiellement Airbus. Le projet le plus avancé est sans aucun doute celui de Virgin Galactic (vidéo résumant leurs progrès en 2013) et le troisième vol propulsé d’hier le prouve (vidéo ci-dessus. SpaceShipTwo a atteint lors de ce vol Mach 1.4 et une altitude de 21.6 km grâce à une phase propulsé de 20 secondes). Richard Branson (le fondateur de Virgin) et ses enfants devraient prendre place lors du 1er vol commercial du SpaceShipTwo qui devrait avoir lieu cette année (bien que l’on commence à désespérer) et qui sera retransmis en direct sur la chaîne américaine NBCUniversal. On devrait voir le rythme des essais en vol augmenter significativement au cours de cette année.

Le SpaceShipTwo de Virgin Galactic lors de son  3ème vol propulsé le 10 janvier 2014.

Le SpaceShipTwo de Virgin Galactic lors de son 3ème vol propulsé le 10 janvier 2014.

L’autre grand projet suborbital est celui de Jeff Bezos (le fondateur d’Amazon) et de sa société Blue Origin. Bien que très secrète, l’aventure spatiale de celui qui est d’ores et déjà considéré comme le successeur de Steve Jobs comprend désormais plus de 300 employés et son concept d’engin à décollage et atterrissage vertical, le New Shepard, avance lentement mais surement. Le 3 décembre dernier Blue Origin a notamment publiée une vidéo (ci-dessous) d’un test de leur moteur BE-3, simulant ainsi un vol complet du New Shepard (avec rallumage du moteur). La société reste très évasive concernant la date de mise en service de son véhicule mais on devrait bientôt en savoir plus. A côté de son activité suborbitale elle conçoit aussi actuellement un lanceur et une capsule habitée pour atteindre l’orbite basse et notamment l’ISS. Le premier vol est prévu pour 2017.

Dans l’ombre de ces deux « géants » il existe des projets un peu moins connus et dotés de moins de moyens mais tout aussi ambitieux. D’abord celui le mieux parti pour les concurrencer: le Lynx d’XCOR. Bien que pour l’instant il n’a toujours pas effectuer son premier vol (même non propulsé), il est très probable que 2014 sera l’année de ses débuts. Un projet qui sera intéressant à suivre. Enfin pour finir je mentionnerai rapidement 3 autres projets beaucoup plus lointains avec d’abord celui de Swiss Space Systems (S3) qui envisage de transformer sa petite navette destinée dans un premier temps au lancement de charges utiles de 250 kg en un moyen de transport habité suborbital (image ci-dessous). L’équipe, en plus de sembler très sérieuse et de posséder un budget conséquent, est originaire du vieux continent et l’on ne peut que se réjouir de voir un tel projet dans nos contrés. Ce n’est d’ailleurs par la seule société européenne ayant des vues sur le suborbital. En effet, Talis Enterprise, une société allemande, souhaite aussi mettre au point une navette suborbitale capable de transporter 5 passagers à 130km d’altitude (pour voir une vidéo de leur projet c’est ici). Et enfin je mentionnerai le projet Ascender de Bristol Spaceplanes Ltd, une startup anglaise. Il est évident que ces deux derniers projets devront, pour réusssir, encore surmonter de nombreuses épreuves, dont la plus difficile: trouver les fonds nécessaires. Dans la troisième partie nous discuterons des missions, récentes ou à venir, d’exploration spatiale menées par les agences spatiales nationales.

Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter.

La navette SOAR sur le dos d'un airbus A300.

La navette SOAR de Swiss Space Systems sur le dos d’un airbus A300.

Un nouvel âge d’or pour le spatial ? (partie 1)

Depuis l’été dernier on peut dire qu’il s’est passé pas mal de choses, au niveau mondial, dans l’astronautique. Dans cette première partie je ferai d’abord le point sur le spatial privé aux Etats-Unis qui connait en ce moment même de grands succès qui portent probablement en eux les prémices d’une révolution imminente dans ce domaine. A la tête de ce mouvement, que certains nomment « NewSpace », on retrouve bien évidemment le désormais célèbre Elon Musk et sa société SpaceX. Le fait majeur concernant l’entreprise californienne est sans aucun doute la mise en service de la version v1.1 de son lanceur Falcon 9 (en vidéo ci-dessus lors de sa dernière mission) le 29 septembre dernier avec la mise en orbite de CASSIOPE, un satellite scientifique destiné à étudier les tempêtes solaires. Cette nouvelle version du lanceur possède de nouveaux moteurs (Merlin 1D) plus puissants, des étages plus longs et donc une capacité d’emport plus grande (13 tonnes en orbite basse et 4,8 tonnes en orbite géostationnaire). Le second vol de la v1.1 a eu lieu le 3 décembre dernier et a permis à SpaceX de réaliser sa première mission commerciale en orbite de transfert géostationnaire (GTO) en plaçant le le satellite de communication SES 8. Une troisième mission, très semblable à la précédente, vient tout juste d’avoir lieu (lancement de Thaicom 6 le 6 janvier 2014, vidéo ci-dessus). Ces lancements sont primordiaux pour SpaceX car ils lui permettent de s’attaquer au marché important du GTO et ainsi de commencer réellement ses opérations commerciales de manière régulière (la société n’a jamais réalisée plus de 3 lancements en une année par an alors que pour 2014 elle en envisage une douzaine soit environ un lancement par mois). Ces 3 succès d’affilé sont donc de bon augure pour la suite et les concurrents, notamment Arianespace, commencent à prendre la menace SpaceX très au sérieux.

La Falcon Heavy de SpaceX.

La Falcon Heavy de SpaceX.

En plus de ce carnet de vol ultra chargé, SpaceX envisage aussi, pour 2014, de réaliser le premier lancement de sa Falcon Heavy, son lanceur lourd capable de transporter 53 tonnes en orbite basse et 21 tonnes en GTO. Il s’agira du lanceur le plus puissant en activité. D’abord utilisé pour des contrats avec l’US Air Force, il devrait servir pour les plans de conquête de Mars d’Elon Musk bien qu’il ait évoqué un lanceur encore plus lourd pour ces missions (on devrait d’ailleurs en savoir plus cette année sur son mystérieux MCT-Mars Colonial Transporter). Toujours dans le cadre de la diminution drastique des coûts de lancement, la société californienne devrait aussi réaliser de grands progrès au niveau de la réutilisabilité et ce dès le prochain vol, en février 2014, avec l’installation probable sur la Falcon 9 de « pieds » pour l’atterrissage. Après Grasshopper, de nouveaux tests seront aussi lancés au nouveau-mexique sur une version proche du lanceur commercial. A côté de son activité lanceur, SpaceX développe aussi la version habité de sa capsule Dragon et cette année deux étapes critiques son prévues dans le cadre du programme CCiCap de la NASA: d’abord un « pad Abort test » avec la capsule Dragon s’échappant du sommet d’une Falcon 9 sur son pas de tir et ensuite un « In-Flight Abord test » où cette fois ci la capsule s’éjectera du lanceur en plein de vol. Ces tests cruciaux pour la sécurité des futurs astronautes sont prévus pour cet été. Enfin SpaceX testera aussi son tout nouveau moteur, le Raptor, qui présentera la particularité de fonctionner au méthane (et au LOX). Ce moteur équipera les étages supérieurs des futurs lanceurs de la compagnie et devrait être le premier d’une famille qui servira les projets martiens d’Elon Musk.

Le cargo Cygnus d'Orbital Science Corporation en approche de l'ISS.

Le cargo Cygnus d’Orbital Sciences Corporation en approche de l’ISS.

Pour terminer cette première partie j’aimerai aussi mentionner les derniers accomplissements de la société Orbital Sciences Corporation. Bien que moins ambitieuse que SpaceX, cette entreprise américaine de 3700 employés est néanmoins un acteur majeur du spatial grâce notamment à son activité de construction de satellites mais aussi de lanceurs. Son dernier en date se nomme Antares et a été conçu pour envoyer le cargo Cygnus (construit en collaboration avec Thales notamment) à destination de la station spatiale internationale (ISS) dans le cadre du programme de ravitaillement de la NASA (dont fait aussi partie la capsule Dragon de SpaceX). Antares vient tout juste (9 janvier 2014, vidéo du lancement ici) de mettre en orbite son deuxième cargo Cygnus qui rejoindra l’ISS le dimanche 12 janvier. C’est le troisième lancement sans fautes d’Antares et la société envisage de l’ouvrir au secteur commercial. Du côté des projets futurs il est clair qu’ils sont moins nombreux que chez SpaceX mais on peut quand même noter la mise au point du lanceur aéroporté qui sera lancé depuis le plus grand avion de l’histoire en construction chez stratolaunch, la startup de Paul Allen (le cofondateur milliardaire de Microsoft). Le programme aurait pu être plus chargé si le projet de navette spatiale Prometheus (image ci-dessus) d’Orbital avait été sélectionné par la NASA en 2011 (cette dernière a plutôt choisie de soutenir une autre navette, le Dream Chaser, dont nous reparlerons prochainement, ainsi que les capsules habités Dragon de SpaceX et CST-100 de Boeing).

Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter.

Le projet annulé de navette spatiale Prometheus.

Le projet annulé de navette spatiale Prometheus.

Des nouvelles du Google Lunar X Prize.

Annoncé en septembre 2007, le Google Lunar X Prize (GLXP) est un concours au sein duquel différentes équipes s’affrontent pour réussir à envoyer les premiers un robot sur la Lune. Celui-ci doit se poser, avant le 31 décembre 2015, sur la surface selene, se déplacer sur au moins 500 m et envoyer des images et des données vers la Terre. La somme de 30 millions de dollars est en jeux, répartie en plusieurs prix donc un principal de 20 millions destiné à la première équipe qui réussira à accomplir ces performances. La deuxième remportera quand à elle 5 millions de dollars. Le reste pourra être remporté par les équipes réalisant des tâches supplémentaires. Ce concours, organisé par la fondation X-Prize et soutenu financièrement par Google, est la suite du célèbre Ansari X-Prize qui a vu la victoire de SpaceShipOne et ainsi entraîné la création de Virgin Galactic par Richard Branson. Pour augmenter l’enjeu, les organisateurs ont de plus décidé de faire passer le grand prix de 20 millions à 15 millions de dollars dans le cas où un rover lunaire serait envoyé par un état quelconque avant qu’une équipe du GLXP ne le fasse. Malheureusement pour celles-ci, il semble que la Chine enverra son rover (Chang’e 3) en décembre prochain et aucune équipe ne paraît en mesure de tenter une mission avant cette date. Sur les 22 équipes, seulement 2 ont à l’heure actuelle un contrat de lancement signé: Astrobotic devrait lancer son lander et son rover grâce à une Falcon 9 de SpaceX en octobre 2015 et Barcelona Moon Team devrait en faire de même en juin 2015 grâce à un lanceur Chinois Long March 2C. En plus de ces deux équipes qui partent forcément favorites grâce à ces contrats de lancement, on peut aussi citer la start-up Moon Express qui, bien qu’elle n’ai pas encore de contrat, semble posséder une équipe de très haut niveau et est surtout financé par le milliardaire Naveen Jain (un lander, développé avec la NASA, peut être vu dans cette vidéo). Sur la vidéos en début d’article sont présentées les différentes avancées réalisées par plusieurs équipes. Néanmoins ce concours commence à dater quelque peu et de nombreuses critiques ont été émises remettant en cause la faisabilité de réaliser une telle mission avec si peu de moyens. Attendons donc 2015, année qui devrait voir la première mission tentée par un des concurrents.

Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter.

Le Google Lunar X Prize

Le Google Lunar X Prize

Le crowdfunding à la rescousse de l’astronautique. Partie 2.

La semaine dernière nous avions parlé des projets de crowdfunding (financement participatif) réussis et avant de passer au cas des projets qui ont rencontré moins de succès il convient de revenir sur le cas de la campagne menée par Planetary Resources pour financer son petit satellite d’observation ARKYD. En effet, il s’agît à l’heure actuelle du projet astronautique ayant rencontré le plus grand succès depuis les débuts de l’ère du crowfunding. C’est ainsi plus de 1,5 millions de dollars qui ont été récoltés par la jeune start-up soutenue, entre autres, par Larry Page et Eric Schmidt, les patrons de Google (le seuil minimum visé était de 1 million de dollars). Cet argent servira à financer la construction et le lancement d’ARKYD pour que celui-ci puisse réaliser sa mission: repérer les astéroïdes présentant un intérêt en terme de ressources minières. Ces succès ne doivent cependant pas masquer la réalité: il existe aussi des échecs. Le premier que l’on peu citer est celui mené par une équipe de l’université du Michigan concernant la mise au point d’un petit propulseur plasmique, nommé CAT (CubeSat Ambipolar Thruster), qui permettrait de doter les CubeSats d’un moyen de propulsion efficace pour des missions, aussi bien en orbite terrestre qu’en espace plus lointain dans le système solaire. Ce système permettrait de placer l’exploration spatiale à portée de bien plus de monde, notamment les laboratoires de recherche, les universités où même les associations privées. L’objectif financier visé par l’équipe sur kickstarter était de 200 000 dollars. Malheureusement la période de financement de 32 jours n’a permis de récolter que 68 000 dollars et comme le règlement du site l’impose, si le seuil visée n’est pas atteint, aucune somme n’est reversée aux initiateurs du projet. Cet échec n’est néanmoins pas total puisque cette campagne a permis aux chercheurs de se faire connaître et il semblerait que des investisseurs privés soient intéressé par le propulseur CAT. De plus l’équipe envisage de relancer prochainement une deuxième campagne sur kickstarter en réduisant le seuil minimum et en améliorant la publicité faite sur le projet. Affaire à suivre donc.

Autre projet ayant subit un échec lors de sa tentative de se faire financer par la méthode du crowdfunding. Cette fois c’est via le site Indiegogo, concurrent de kickstarter, que la société Golden Spike Company (nous parlions d’elle il y a quelques temps) a tenté de récolter au moins 240 000 dollars pour financer ses projets. Pour rappel, l’objectif de cette start-up crée par Alan Stern est de commercialiser des voyages sur la Lune pour des états, des entreprises où même des particuliers (au tarif, tout de même imposant, de 1.5 milliards de dollars). Par cette campagne de crowdfunding c’est la mise au point de l’architecture et des systèmes nécessaires à une telle mission qui était visée. Au final, seulement un peu plus de 19 000 dollars ont été récolté sur une période de plus de 2 mois. Contrairement au site kickstarter, l’ensemble des fonds récoltés, même si le seuil fixé n’est pas atteint, sont reversés aux initiateurs du projet (moins une taxe que le site s’octroie). Cette campagne représente donc un échec majeur pour la jeune Golden Spike Company et on peut donc se demander quelles autres alternatives de financement elle va chercher dans le futur. Notons néanmoins qu’il semble plus facile de lever des fonds sur kickstarter que sur Indiegogo et les équipes de projets astronautiques l’ont semble t-il remarqué. Il sera intéressant d’observer l’évolution de ce moyen de financement dans le futur et on peu se permettre d’être optimiste lorsque l’on sait que le plus gros succès de crowdfunding jamais réalisé a permis de récolté plus de 15 millions de dollars fournis par plus de 224 000 personnes (pour un jeux vidéo, Star Citizen).

Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter.

Le petit propulseur CAT trouvera-t-il l'argent pour permettre l'exploration du système solaire via les CubeSat.

Le petit propulseur CAT trouvera-t-il l’argent pour permettre l’exploration du système solaire via les CubeSat.